Utilisez le conte du chat botté  comme un oracle   !

les bottes de 7 lieues _ 2_Pierrette Ricaud. copyrights

Ce n’est un secret pour personne (sauf peut-être pour certaines catégories de collaborateurs particulièrement aveugles ou obtus), les communicants sont le plus souvent des personnes astucieuses, créatives et qui ont un véritable sens disruptif…

Elles veillent jalousement sur leurs territoires (celui de leurs marques), balisent le terrain,  le quadrillent et sont capables d’une énorme puissance de travail… Tout en ayant l’air de s’amuser …. Une caricature ? A peine !

C’est en décryptant le conte du Chat botté que je me suis rendue compte à quel point, ce dernier avait des enseignements à nous apporter…. Sur qui nous étions réellement et quelle était notre mission. Parce que tout dans ce conte nous parle de communication et de stratégie !

 

D’ailleurs à une très large majorité, les communicants évoquent le chat et/ou les félins pour personnifier leurs fonctions.

Alors ouvrez grandes vos oreilles et vos prunelles : ce conte pourrait bien vous tirer d’affaire dans vos réunions stratégiques … ou vos reportings opérationnels.

 

imagesillustration chat_botté- université montpellier

Un peu d’histoire

C’est à Giovanni Francesco Straparola littéralement Jean le babilleur ou le » Jacteur », écrivain franco-italien de la renaissance que l’on doit l’une des premières éditions de ce conte. Il l’aurait incorporée à un recueil d’histoires, dénommé « les nuits facétieuses ». Des récits allant du grivois au fantastique que l’on lisait aux alentours de 1508[1].

Une étrange histoire que celle du Chat Botté dont les véritables racines remonteraient à une époque bien plus ancienne, la période indo-européenne.

Un récit initiatique dit-on parfois.

Or, n’est-ce pas ce que représente le conte ? Une histoire pour grandir comme le dirait encore Jacques Salomé. Des histoires pour traverser la vie et aller plus loin dans la compréhension du monde… ou de soi-même.

Charles Perrault (1628- 1703), s’empara de ce conte, qu’il inclut dans son ouvrage, les contes de ma Mère l’Oye. Il connut aussitôt un vif succès qui ne s’est pas démenti.

C’est l’un des rares contes de Perrault que j’aime inclure dans mes analyses car cet auteur sent encore trop son gentilhomme du 18ème (pour plagier Robert Merle). Ses contes sont en effet autant de saynètes qui dénoncent, à l’instar de Jean de la Fontaine, les méfaits de son époque. Tant qu’on en oublierait ses précieux enseignements issus de la nuit des temps.

 

Il met en scène, un chat dont la moindre des qualités est le sens de la stratégie et son propriétaire, un jeune homme si démuni qu’il en est réduit à lui faire confiance pour assurer sa fortune.

http://clpav.fr/lecture-chat-botte.htm.

 

On devrait toujours faire confiance au génie du Chat et se fier à sa sagacité !

D’abord parce qu’il faut louer son sens du relationnel ! Ce chat vient de se sauver in extremis d’un sort plus que périlleux : finir en ragoût… C’est bien ce qu’envisage son maître tout déconfit à l’idée d’un si maigre héritage. Nenni ! Foin du met à base de viande de chat ! Notre fin stratège a déjà saisi les rouages de l’organisation, entendez  les méninges du fils du meunier.  Une organisation, qui en dépit de sa toute-puissance (elle peut tuer le chat) est tout de même suffisamment sensible, à l’écoute pour rompre avec ses habitudes :  au lieu d’utiliser des méthodes classiques, elle va innover et cela commence par engager un chat (un stratège) qui lui assure qu’il fera sa fortune pour peu qu’il ait le bon matériel…. Et les bons outils. Sans gibecière, ni bottes, pas de victoire. Il s’agit de comprendre qu’un budget minimal est requis, qu’on ne fait pas de miracles dans une organisation sans un peu de foi, de sens de la rupture, un brin d’innovation, quelques outils judicieusement choisis et des espèces sonnantes et trébuchantes ! Tout bon communicant que nous soyons, le budget fait la campagne  ! Et ne lésinons pas sur le prix des bottes et la qualité du sac. Le conte ne nous dit pas où le fils du meunier a trouvé l’argent pour cet investissement. En revanche, il est plus prolixe sur les qualités du chat : il savait déjà quel fin stratège celui-ci était et quel génie de la chasse résidait en lui…

La première étape étant effectuée : convaincre son organisation d’investir et de ses qualités de stratège, il s’agit à présent d’écrire la storystelling de l’organisation. L’image…

Il le nomme le marquis de Carabas, ce qui pour les amateurs de jeux de mots est assez facile à déchiffrer : Baraka… La chance ! Il faut lui construire une image et bien choisir son public ! Il faut également savoir doser les différents messages selon les canaux empruntés…

Voilà les éléments de langage définis et l’histoire qui se déroule au fur et à mesure :  le marquis de Carabas est un homme généreux, loyal, respectueux. N’est-ce pas ce que nous essayons de faire quotidiennement ? Construire et/ou consolider l’image de nos organisations ? N’y voyez aucune vilaine malice, le fils du meunier est un être sensible nous l’avons vu, généreux, (il a épargné le chat) et loyal :  il a tenu sa promesse et respecté les engagements du vieux meunier sans s’attaquer à l’héritage de ses frères et, ce sans jalousie. Fair-play !  Ce type d’organisation qui fournirait un véritable livret de développement durable….Une organisation qui a une éthique.

Il ne suffit pas de dire, il faut aussi démontrer et à plusieurs reprises, c’est pourquoi, le chat va réitérer ses mises en scène, d’aucuns diraient ses événementiels. Il offre au roi le produit de sa chasse devant un public d’abord attiré par son allure, puis charmé et enfin conquis.

Règles de base de nos métiers : attirer l’attention et la répétition ! Et savoir user du Teasing…. On attend la suite qui ne tarde pas à se produire. Jusque-là,  l’organisation est encore discrète, il faut qu’elle puisse être vue dans les meilleures conditions possibles.

Faire du public son sauveur et lui donner la parole, le crédit et le bénéfice de l’action : une règle que ne renieraient pas nos chantres des réseaux sociaux. C’est le roi qui vient au secours du Marquis de Carabas qui se noie.  Ce sont ses gens qui le vêtent.  Il est déjà connu et apprécié. Le Communicant y a veillé. Il reste à susciter la sympathie et l’affection du public. Bon, là je vous l’accorde, on aborde les aspects de nos métiers les plus sujets à caution…L’art de convaincre et de la persuasion. Un zeste de manipulation ?  Peut-être mais pour la bonne cause… On peut aussi le décrypter comme l’art de saisir les opportunités et d’être là au bon moment, au bon endroit… Il faut alors agir vite… J’y ai vu un exemple pour la communication politique ( !) mais également pour la gestion de crise !  Mais on pourrait y voir également une action de mécénat dans le cadre d’une opération de relations publiques.

Il faut faire adhérer aux valeurs de l’organisation et séduire, l’art de la communication corporate !

Voilà le jeune homme rhabillé par le Roi lui-même et dans le carrosse royal… Un épisode souvent peu analysé mais l’un des rares où le fils du meunier est actif. Il doit répondre directement et payer de sa personne. Sans trop savoir comment, il s’en sort très bien.  Il arrive même à charmer la princesse. Il joue le jeu et parle de ses terres.

Autrement dit, l’organisation doit savoir jouer sa partition en toute autonomie. Un parler vrai et sans entraves plutôt qu’une entité muselée et sous le joug de ses communicants.

Les journalistes le disent suffisamment : « qu’il est ennuyeux voire même insupportable de devoir sans cesse travailler avec un communicant qui surveille tous les mouvements du porte-parole ». De la liberté, du « off », un peu de spontanéité. Au risque parfois de faire de la haute voltige…

La  traversée du royaume en carrosse royal, voilà qui ressemble à s’y méprendre à un voyage de presse… ou à un long tunnel d’interviews improvisées.… Le cauchemar des communicants….

C’est aussi un exercice de communication de crise…. A chaud ! Qu’on ne s’y méprenne pas, les terres traversées appartiennent à l’Ogre, qui fait régner la terreur dans le royaume et contre lequel le Roi lui-même est impuissant.

Autrement dit, l’organisation et l’ensemble de ses collaborateurs font face à un  grand péril.  Des pans entiers de son marché, son secteur sont concernés et menacés. Il s’agit de survie. Le chat, qui a traversé le pays à la vitesse de l’éclair, possède l’art du Faire Savoir autrement dit les RP et les réseaux sociaux. C’est ainsi que les paysans que le Roi croise vantent tous les mérites du Marquis de Carabas. Sous la menace du chat ?  Un peu….

En tout cas, il y a un jeu subtil entre les différents protagonistes et le chat….qui agit toujours avec ruse mais pour la bonne cause et selon une certaine éthique.

Le voilà, notre chat stratège chez l’Ogre. Autrement dit, le communicant et son organisation doivent gagner la bataille. Recul, examen attentif de la situation, écoute active sont des atouts essentiels.  Le chat a su détecter la vantardise sous l’air satisfait de l’Ogre. Il n’y a donc pas de situation désespérée, on peut venir à bout d’une crise – même gigantesque – en la réduisant à presque rien (et sans bruits) pour peu qu’on sache en examiner attentivement tous les aspects. Une vision stratégique c’est la leçon enseignée par le chat! Elle n’exclut ni l’adresse, ni bien entendu le sens de l’opportunité et surtout s’appuie sur l’intuition et l’anticipation. Ne voit-on pas que le chat a toujours un coup d’avance sur le Roi ?

La crise vaincue ou jugulée temporairement, il reste à restaurer ou instaurer l’organisation sur son territoire et lui assurer un avenir radieux. Des alliances sincères, des partenariats ou des collaborations sont indispensable à sa pérennité.

Au final, dans un royaume débarrassé de son péril le plus imminent, le chat a réussi son pari : faire la fortune de son Maître qui deviendra l’époux de la princesse et le successeur du Roi.

Et vous quels sont vos objectifs ? Les avez-vous rigoureusement planifiés, ? Savez-vous les mesurer ? Quelles étapes vous êtes-vous fixées ?  Maîtrisez-vous tous les outils en votre possession ? Avez-vous affiné votre vision stratégique ? Utilisez-vous le 360° ? Etes-vous disruptif ?  Savez-vous conduire l’innovation ?  Comment panachez-vous vos actions de communication ? Connaissez-vous parfaitement vos publics ? Etes-vous réactif? Savez-vous veiller de manière efficace sur votre secteur ? Avez-vous fait des protocoles de crise ?Identifiez-vous toutes vos parties prenantes et intégrantes ? Faites vous place à la spontanéité ? Savez-vous vous vous effacer ? Etes vous loyal ? Ethique ? Faites-vous appel à votre intuition ? Avez-vous le don de l’anticipation ? Arrivez-vous à nouer des alliances ?

Interrogez-vous à l’aune de ce conte comme un oracle. Analysez chaque situation dans laquelle vous vous trouvez et puisez à la sagesse du livre. Il pourrait bien apporter la solution à la problématique qui vous taraude.

 Marie-Pierre Medouga

Conseil en relations médias, social média manager

Fondatrice de la méthode du psychoportrait symbolique